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L'épigénétique : quand nos traumatismes s'écrivent sur notre ADN

Dernière mise à jour : 15 juil.

Il y a quelques années, une ancienne directrice m'a lancée une phrase qui m'a d'abord piquée, puis intriguée, puis finalement fascinée :

« Tous les Nord-Africains sont anémiés, me rétorque une collègue »

Ma première réaction fut celle du métamodèle en PNL — cette généralisation m'irritait. Puis, en y réfléchissant, je me suis souvenue que j'avais effectivement souffert d'anémie. Que plusieurs femmes de mon entourage familial et social en souffraient aussi. Et j'ai commencé à creuser.

Ce que j'ai découvert a profondément changé ma façon de comprendre la transmission transgénérationnelle. Parce que ce que nous héritons de nos ancêtres ne se limite pas à leurs croyances, leurs peurs ou leurs secrets. Cela s'inscrit aussi, littéralement, dans notre biologie.

Des post-it sur notre ADN

Imaginez votre ADN comme un long ruban lumineux. Sur ce ruban, tout au long des générations, des expériences se sont déposées — comme des post-it collés ici et là, portant des messages que la vie a gravés dans la chair de vos ancêtres.

C'est exactement ce que décrit l'épigénétique — l'étude de la façon dont les gènes s'activent et s'inhibent sans que la séquence d'ADN elle-même ne soit modifiée. Un processus moléculaire appelé « expression génique » permet à certains marqueurs chimiques — les groupes méthyl — de se fixer sur l'ADN et d'activer ou d'éteindre certains gènes.

Ce qui est fascinant — et parfois vertigineux — c'est que ces marqueurs peuvent se transmettre. De génération en génération. Parfois sur plusieurs générations.

Les expériences émotionnelles de vos ancêtres ont pu modifier l'expression de vos gènes.

Le stress qui traverse les générations

Des chercheurs américains ont mis en évidence que l'exposition au stress — mais aussi aux produits chimiques, aux traumatismes, aux bouleversements environnementaux — peut provoquer l'activation de cette expression génique sur plusieurs générations.

Concrètement : une mère exposée à un stress intense pendant sa grossesse produit des taux élevés de cortisol — l'hormone du stress. Ce cortisol traverse le placenta et agit sur le développement cérébral du fœtus. Le corps produit alors des radicaux méthyls qui peuvent se fixer sur l'ADN.

L'enfant naît avec, déjà inscrite dans sa biologie, la trace d'une peur qu'il n'a pas vécue lui-même.

Je pense à toutes les femmes qui ont vécu en zones de guerre. À toutes celles qui ont traversé des famines, des déracinements, des violences. Leurs enfants, puis les enfants de leurs enfants, portent dans leurs cellules les marques de ces épreuves — même sans en avoir aucun souvenir conscient.

L'anémie, le paludisme et la mémoire du corps

Revenons à ma découverte sur l'anémie. En creusant, j'ai appris que le paludisme — cette maladie qui a décimé des populations entières en Afrique et en Méditerranée pendant des siècles — a laissé des traces biologiques durables.

Face au parasite, le corps a développé une stratégie de défense : « cacher » le fer en augmentant la production d'hepcidine, une hormone qui ferme littéralement la porte au fer dans le sang. Une adaptation brillante à court terme, qui limitait la multiplication du parasite. Mais qui, transmise génération après génération, favorise l'anémie dans les populations descendants de ces régions.

En Algérie, les marais de la Mitidja ont été un foyer majeur de paludisme au XIXe siècle. C'est d'ailleurs un médecin français, François Maillot, qui a traité les malades à base de sulfate de quinine. Et c'est ainsi que j'ai compris pourquoi la thalassémie — une anémie héréditaire — est si répandue dans certaines populations méditerranéennes et africaines.

Quand vous pensez à vos ancêtres, pensez aussi à vos gènes-marqueurs. Ce ne sont pas seulement des histoires. Ce sont des empreintes biologiques.

Ce que cela change pour nous

Cette compréhension de l'épigénétique transforme profondément notre rapport à nous-mêmes et à notre histoire.

D'abord, elle nous invite à la compassion envers nos propres réactions. Cette anxiété qui surgit sans raison apparente, cette difficulté à faire confiance, cette sensation de danger permanent — peut-être ne sont-elles pas des « défauts de caractère » mais des héritages biologiques d'ancêtres qui ont survécu grâce à ces mêmes mécanismes d'alerte.

Ensuite, elle nous offre une perspective libératrice : ces marqueurs ne sont pas figés pour l'éternité. L'épigénétique est un domaine en pleine évolution, et les chercheurs explorent aujourd'hui comment des pratiques comme la méditation, la thérapie, le changement d'environnement peuvent modifier l'expression génique.

Libérer les transmissions ne se limite pas à la pensée. Cela peut toucher le corps, l'ADN, le système immunitaire.

Une visualisation pour commencer

Je termine souvent mes formations par cet exercice simple, que je vous offre ici.

Fermez les yeux. Respirez profondément. Imaginez votre ADN — cette chaîne lumineuse qui vous détermine, qui détermine votre caractère, votre façon d'être.

Rapprochez-la de vous. Observez-la. Peut-être apercevez-vous, ici et là, des post-it collés dessus. Sur ces post-it, des phrases : "Il faut souffrir pour réussir", "L'argent n'est pas pour nous", "Il ne faut pas prendre de place"...

Tendez le bras. Retirez un post-it qui est devenu obsolète, complètement inadapté à qui vous êtes aujourd'hui. Remerciez-le — car il a protégé quelqu'un avant vous. Puis laissez-le partir, loin, jusqu'à ce qu'il disparaisse.

Et choisissez, si vous le souhaitez, d'écrire autre chose à sa place.


Et si vous êtes professionnel du social ou médico-social, sachez que ces connaissances peuvent transformer radicalement votre regard sur les personnes que vous accompagnez — et sur vous-même.

Kheira Bentaouza est formatrice indépendante, cadre formatrice à la Croix-Rouge Française et Maître-Praticienne en PNL. Elle accompagne les professionnels du social, médico-social et de la relation d'aide à explorer les dynamiques transgénérationnelles qui influencent leur posture professionnelle.

 

 
 
 

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